« Le Restaurant de l’amour retrouvé » d’Ogawa Ito

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Bonjour à tous !

Je fais une petite pause dans le récit de notre voyage familial pour vous donner mon avis sur un roman paru en 2013 aux éditions Philippe Picquier. Il s’agit du Restaurant de l’amour retrouvé d’Ogawa Ito, une japonaise née en 1973 dont ce premier roman fut un véritable best-seller lors de sa sortie au Japon en 2008. Ce livre a d’ailleurs été adapté en film au Japon, mais je ne l’ai pas vu. J’avais lu des critiques assez négatives sur ce roman après sa parution en France, mais récemment, ayant ressenti le besoin de faire une pause dans la saga des Aventuriers de la mer de Robin Hobb (j’ai téléchargé l’intégrale en anglais sur ma Kobo et ne lis que ça depuis plus d’un mois : c’est absolument génial, mais également très long, aussi le changement d’air était nécessaire), j’ai décidé de donner sa chance à ce roman.

Rinco est une jeune fille de 25 ans passionnée par la cuisine. Employée le jour dans un restaurant turc, elle rentre le soir dans son cocon qu’elle partage avec son amoureux indien à la peau épicée et aux yeux clairs. Un soir, en rentrant chez elle, Rinco trouve l’appartement désert : des économies laborieusement mises de côté au fil des ans jusqu’aux précieux instruments de cuisine, tout a disparu. Tout sauf une jarre de saumure héritée de sa grand-mère. Les bras serrés autour de cet unique reliquat, la jeune fille décide de repartir dans son village natal en bus de nuit. Dix qu’elle n’y a pas remis les pieds. Dix ans qu’elle n’a pas revu sa mère. Ayant fui le village à quinze ans, elle a vécu chez sa grand-mère maternelle, excellente cuisinière, jusqu’à la mort de cette dernière, avant de s’installer avec son petit ami. Dans le bus qui l’éloigne de la ville et de ses lumières, Rinco découvre que sa voix est partie : comme son amoureux indien, elle s’est fait la malle. Arrivée chez sa mère, les souvenirs refluent : le bar Amour dont sa mère est tenancière se tient là, fidèle au poste, ainsi que la maison-manoir ridicule peuplée par le mystérieux Papy Hibou… Rinco, sans le sou et sans toit, se voit contrainte de revenir vivre chez sa mère qu’elle déteste plus que tout. Très vite, une seule solution lui apparaît pour survivre : ouvrir son propre restaurant dans l’ancienne remise. Et c’est ainsi que l’Escargot voit le jour, grâce à l’aide du vieux Kuma, un habitant du village. Rinco, ne communiquant plus avec le monde extérieur qu’au moyen de fiches papier, se plonge dans la préparation de mets savoureux afin d’oublier son chagrin d’amour. Bientôt, une rumeur se répand : quiconque mangerait les plats de Rinco verrait ses souhaits amoureux se réaliser.

La première moitié du roman se déroule ainsi, selon les péripéties des clients du restaurant, sur un ton léger où les métaphores culinaires affluent. Mais bientôt la vie reprend ses droits sur la petite bulle protectrice de Rinco, et la réalité la rattrape, obligeant la jeune fille à revoir ses relations avec sa mère. Le roman oscille entre conte de fées, guimauve et drame : les miracles côtoient le dur quotidien, au rythme des saisons et de leurs fruits et légumes colorés. Les recettes de Rinco, à base d’épices, de termes exotiques et de produits frais, mettent l’eau à la bouche, font rêver d’un lieu tel que l’Escargot, à la fois magique et sobre. Parfois, la réussite cousue de fil blanc de la jeune femme agace le lecteur : on sait, oui, on sait que le restaurant va marcher, que les gens vont aimer sa cuisine. La surprise ne réside pas là, dans ce roman. Non, la surprise se trouve ailleurs, dans une thématique bien plus banale : celle de la relation mère-fille. C’est là que se nouent et se dénouent les fils de l’histoire, mais aussi ceux de la voix de Rinco. Aussi le ton de l’auteur allie douceur et termes crus, humour et amertume, dépeignant une fable tragicomique pleine d’optimisme, dans laquelle on se plonge d’abord avec circonspection, puis intérêt. Ce sont les couleurs de la nature qui dansent dans ce roman, les couleurs de l’amour aussi, portées par des fumets exquis et une héroïne très attachante, qui a passé toute sa vie à haïr sa mère pour les mauvaises raisons.

Ce roman m’a plu, donc. Mais pas emportée, ni séduite. Pourquoi ? Attention, spoiler, si vous comptez lire ce livre, ne poursuivez pas votre lecture.

Tout d’abord, le départ en catimini du petit ami indien n’est jamais abordé par la suite : pas d’explication, pas de colère de la part de Rinco. Juste de la tristesse et un coeur brisé… Heu, perso, si ça m’arrivait, je me poserais tout un tas de questions, à commencer par : What the hell ??? Du coup, pendant tout le roman j’ai attendu le moment où Rinco se mettrait enfin en colère, chercherait à comprendre les causes de cette disparition dans la nature… Mais non. Ça m’a beaucoup agacée.

Ensuite, le côté décalé et très cru de certains passages m’a franchement mise mal à l’aise. En premier lieu, l’histoire du pistolet à eau : Rinco serait le fruit d’une insémination par pistolet à eau. Mouais. Franchement bancal, mais encore, le roman n’a pas prétention à être un documentaire sur l’insémination artificielle.

Ensuite, il y a la fin atroce de la truie Hermès. La mère de Rinco a un cancer et va mourir, mais elle a aussi retrouvé son amour de jeunesse et compte se marier avant de succomber à la maladie. Pour son banquet de noces, elle fait une requête assez perturbante à sa fille : cuisiner Hermès. C’est ainsi que Rinco abat elle-même la pauvre truie et utilise toutes les parties de son corps pour composer des plats variés et alléchants. Oui, alléchants, mais tout de même. Niveau symbolisme (la truie sacrifiée que Rinco considère comme sa soeur, sachant que les cochons sont censés avoir une chair proche de la nôtre…), cela m’a beaucoup gênée. Je me sentais moyennement bien en lisant tous les passages minutieusement détaillés où Rinco coupe la tête du cochon, vide ses entrailles, etc. Alors oui, dans le roman c’est présenté comme un acte d’amour suprême, comme une fin inéluctable et finalement heureuse puisque Hermès continue de vivre dans l’organisme des gens qui l’ont mangé. Ok, ok. Peut-être que c’est parce que j’ai toujours eu des animaux de compagnie, mais pour moi l’idée de manger un cochon de compagnie c’est comme manger son chien ou son chat.

Il y a aussi l’histoire du cordon ombilical de Rinco conservé depuis toutes ces années par sa mère au fin fond du frigo. Et bouquet final, à la toute fin du récit, après la mort de sa mère, Rinco trouve un pigeon mort au pied d’une fenêtre : elle est persuadée qu’il s’agit de sa mère revenue la voir pour lui dire de rouvrir l’Escargot, fermé depuis son décès. Ni une ni deux, Rinco cuisine le bon pigeon et le savoure goulûment, en répétant qu’il s’agit d’une incarnation de sa mère… Un peu beurk. Peut-être suis-je trop sensible ou trop prude pour ce type de symbolisme métaphorique un peu farfelu.

Bref : une lecture déroutante ! Mata ne ! 🙂

2 commentaires sur « « Le Restaurant de l’amour retrouvé » d’Ogawa Ito »

  1. J’ai bien aimé ce roman, un peu facile, mais plein d’énergie et de bons sens perdus de nos jours.
    1) Le fait qu’elle ne cherche pas la raison de la disparition de son Indien m’est très compréhensible. C’est une attitude zen que nous pratiquons souvent. C’était elle-même qui était bête : ce n’était qu’un escroc.
    2) Ah, je suis tout à fait d’accord avec toi pour ce passage de tuerie de sa truie. Je ne l’ai d’ailleurs pas lu vraiment. C’est insupportable. Même s’il est nécessaire, il ne fallait pas insister lourdement comme ça.
    3) L’insémination artificielle n’est qu’un racontar. L’origine de sa naissance reste mystérieuse.
    4) Le cordon ombilical était conservé chez moi aussi et c’est bien banal au Japon. On y voit un symbole ou pas, on est libre…
    5) Il m’est arrivé de manger un pigeon de ville que notre chat avait tué. Ma grand-mère à la recherche de varier notre obentô, a chipé le pigeon du chat. Nous avons appris cela après l’avoir mangé. De là à y voir l’âme de sa mère, elle exagère. Mais, elle y a puisé de l’énergie pour revivre. Tant mieux !

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