Initiation à la cérémonie du thé japonaise

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Bonjour à tous ! J’ai été absente ces deux dernières semaines pour de multiples raisons (la chaleur, mon anniversaire, la flemme heu un agenda de ministre), mais me voilà revenue pour vous conter mon initiation à la cérémonie du thé japonaise de samedi dernier. J’ai en effet assisté à une leçon de sadou (茶道), « cérémonie ou art du thé » en japonais, car je suis absolument fascinée par tout le rituel qui s’est créé autour du thé au Japon. Il s’agit d’un art ancestral remontant à l’introduction du thé au Japon au 9ème siècle par un moine bouddhiste revenu de Chine, et véritablement fixé dans sa forme actuelle par le maître de thé Sen no Rikyû (1522-1591), dont je vous parlais il y a quelques mois dans cet article sur Le Maître de thé d’Inoue Yasushi. Pour plus d’informations sur l’histoire du thé au Japon, vous pouvez également lire ma critique du Livre du thé d’Okakura Kakuzô. J’avais déjà assisté à une cérémonie du thé au Jugetsudo à Paris, une boutique très réputée du 6ème arrondissement, et j’avais déjà eu l’occasion de déguster du thé matcha préparé tel que la coutume le veut à Tokyo et à Kyoto. Mais je n’avais jamais pu préparer moi-même le thé matcha, aussi voulais-je absolument remédier à cela avant de retourner en France. Voilà qui est fait, et je vais donc vous en dire plus sur cette expérience ! 🙂

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La leçon a eu lieu dans la boutique de thé Uogashi Meicha à Ginza. Cela coûte 3500 yens (soit 25-30 euros selon le taux de conversion du moment), avec un bonus de taille : on peut ramener tout le matériel à la maison, c’est cadeau ! Sachant que rien que le chasen, fouet en bambou dont on se sert pour battre le thé, coûte en général au moins 20 ou 30 euros, vous imaginerez ma joie ! Tout était en japonais mais la professeur m’a quand même donné une notice explicative en anglais pour que je ne sois pas complètement larguée, et mon amie Noriko était là pour me traduire les choses indispensables. Il n’y avait que des femmes à cette leçon, mais il ne faut pas croire que l’art du thé est réservé à la gent féminine, bien au contraire : beaucoup de grands maîtres de thé actuels sont des hommes, et, originellement, la cérémonie du thé était un rituel de guerriers.

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Les ustensiles nécessaires à la cérémonie du thé sont d’une tout aussi grande importance que la qualité du thé servie et que la décoration de la pièce dans laquelle on se trouve : en effet, la cérémonie du thé japonaise est une invitation à la méditation et à la contemplation sereine de la nature mais aussi du soi intérieur. Pour cela, chaque détail est minutieusement travaillé afin que l’harmonie soit atteinte, et le bol, ou chawan, est un excellent exemple de cette quête de la perfection dans le détail : chaque bol de thé est unique, quelque soit son style (coréen, chinois, japonais, en terre cuite, doré, émaillé). Au Japon, la mode des bols de thé en terre cuite d’apparence sobre est très répandue. Ce sont des objets dont l’absence de fioritures et l’apparence imparfaite se veulent l’expression même du raffinement et de la délicatesse. En ce qui concerne la bouilloire utilisée pour faire chauffer l’eau ou la spatule de bambou utilisée pour verser la poudre de thé dans le bol, ils ont, eux aussi, une place primordiale. Les grands maîtres de thé tels que Sen no Rikyû produisaient d’ailleurs eux-mêmes de tels ustensiles, lesquels devenaient alors de véritables légendes dans le pays, suscitant la convoitise des collectionneurs et disciples. Je vous recommande à ce sujet l’anime Hyouge Mono, qui se déroule dans le Japon de l’époque Sengoku et qui a pour héros un passionné de cérémonie du thé (c’est très drôle et historiquement intéressant).

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Voici le matériel ramené de cette leçon (et nécessaire à la réalisation du thé matcha, mais trop sommaire pour une véritable cérémonie bien entendu) :

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Le bol de thé, ou chawan

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Le thé matcha, qui doit se consommer sour trois semaines

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L’écope à thé, ou chashaku (sculptée dans un seul morceau de bambou : il ne faut pas la laver à l’eau)

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La poudre de matcha étant très compacte, on peut varier les quantités désirées avec l’écope

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Le fouet, ou chasen, également sculpté dans une seule pièce de bambou (lavable à l’eau, cette fois)

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Et maintenant, à votre eau chaude (70°C-80°C) ! D’abord, il faut rincer le bol et l’essuyer avec un torchon propre. Puis, versez 1,5 grammes de thé matcha dans le bol (environ une cuillère à café pas tout à fait remplie). L’eau chaude se verse normalement à l’aide d’une longue louche, mais vous pouvez aussi vous servir d’une petite tasse (comme sur la photo ci-dessous).

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Versez l’eau chaude dans le bol sur le côté, pas le centre, puis saisissez-vous de votre fouet. Il s’agit d’abord de briser les grumeaux de thé qui se sont formés jusqu’à ce qu’ils se dissolvent parfaitement dans l’eau chaude. Pour cela, votre poignet va de gauche à droite depuis le haut du bol comme pour dessiner un arc-en-ciel ou le « i » en hiragana : い. Ensuite, agitez le fouet de haut en bas énergiquement comme si vous battiez des oeufs en neige (votre poignet doit être légèrement incliné vers la droite, comme pour indiquer 1h, et vos bras arrondis autour du bol figurent le reste de l’horloge). Votre main gauche tient le bol les quatres doigts sur la paroi tandis que le pouce est posé sur le rebord. Fouettez environ 15 secondes, puis, quand une jolie mousse s’est formée à la surface du thé, enlevez le fouet depuis le centre du bol.

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Tadaaam ! Bon ok, il y avait trop de bulles dans la mousse, je me suis faite grondée ^^

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Le thé matcha servi de cette manière a un goût assez âcre et amer que beaucoup de gens n’aiment pas. Il est vrai que la première fois que j’en ai bu cela m’a fait songé à de la soupe d’épinards. Mais maintenant je suis habituée et j’adore ça ! Il est de coutume de manger une pâtisserie avant de boire le thé, car ainsi le goût sucré tapisse la bouche pour la préparer à l’amertume du thé. Ce jour-là, on nous a servi un mochi au haricot rouge et au coeur matcha-crème fouetté : un pur régal !

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Deux types de matcha différents

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À la fin de la leçon, la professeur nous a préparé du koicha, littéralement thé fort, avec une très grosse quantité de thé matcha et peu d’eau, ce qui donne la pâte vert foncée que vous voyez ci-dessus : c’était assez étrange à boire mais très bon. Apparemment, les guerriers de l’époque féodale consommaient beaucoup le thé de cette façon.

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Et hop-là, cul sec !

Voilà, j’espère que cet article vous a plu ! Personnellement, tout cela m’a donné envie de me préparer un petit thé avec mon matériel tout neuf, du coup je vous laisse 😉 Mata ne !

Un commentaire sur « Initiation à la cérémonie du thé japonaise »

  1. Ta recherche de la culture japonaise est très cohérente depuis Yasushi Ino-oué et Kakouzô Okakoula, je te le félicite !
    Beaucoup de Japonais se trompent en disant « sadô » : si on veut être puriste on prononce en fait « tchadô », comme on dit « tcha-no-you », alors que l’on dit « sabô »(茶房 »salon de thé »), ou « kissa » (喫茶 boire du thé), ah c’est difficile ! C’est comme en français « joaillier » (J’ai entendu le personnel d’une grande marque de joaillerie prononcer [joalié]) ou « dompter » ou « sculpter » avec [p]. Les langues évoluent, d’accord, mais j’aime respecter la tradition.

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