Dites-le avec des fleurs : l’art de l’ikebana

IMG_3078Que ce soit l’art du thé, du kimono ou des fleurs, j’ai décidé qu’avant de rentrer en France je voulais en apprendre le plus possible sur la culture japonaise et plus particulièrement sur ces voies héritées de siècles de tradition qui mettent la nature, la méditation et la beauté au coeur de leur étude. J’adore également la culture moderne qui palpite autour des anime, des mangas, de la mode, du design et de la technologie (bien que ce dernier point m’intéresse moins), car ma première inclination pour le Japon est venue de là (merci Fruit Basket et Nana), mais au fil du temps, mon goût s’est porté vers ces pratiques  traditionnelles que l’apparition du zen au 13ème siècle (importé de Chine par le moine Dôgen) a contribué à façonner.

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La cérémonie du thé est, de loin, l’art qui me touche et m’attire le plus, mais je tenais quand même à m’initier à l’ikebana, l’art de l’arrangement floral, qui est d’ailleurs étroitement lié à celui du thé. J’ai donc participé à une leçon d’une heure à l’école pour débutants nommée Ohara et située à Omote-Sando (2000 yens la leçon). À la différence de l’initiation à la cérémonie du thé où nous étions huit, cette fois mon amie Noriko et moi-même étions seules avec la professeur, une Japonaise d’âge mûr parlant quelques mots de français, sans notice en anglais pour moi : autant dire que j’ai galéré pour comprendre les explications très détaillées de la prof. L’ikebana est un art complexe et très codifié, avec plusieurs écoles, plusieurs styles, plusieurs formes de compositions, plusieurs types de vases et bien entendu… plusieurs fleurs, ce qui implique une infinité de combinaisons possibles.

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Une fois installées, la prof nous explique que nous allons réaliser une « tateru katachi », autrement dit une forme verticale ou levée, avec pour fleurs des campanules et ces jolies fleurs violettes dont j’ai oublié le nom (la main verte de la famille, c’est ma maman, pas moi ^^). Cette forme se compose d’un sujet, l’une des fleurs violettes, et d’un objet, l’une des campanules.

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Les autres fleurs servent ensuite à étoffer la composition et à mettre en valeur le sujet. Le choix du sujet ne se fait pas au hasard : il faut décider quelle fleur nous semble la plus jolie parmi les trois fleurs violettes, et quel côté nous souhaitons mettre en avant. Idem pour l’objet. Puis la prof nous explique comment couper les fleurs, et là encore, ça ne rigole pas : après avoir calculé la longueur désirée de fleur à partir de la largeur et de la hauteur du vase (Noriko et moi n’ayant pas le même vase nous n’avons pas coupé nos fleurs à la même hauteur), il faut couper la tige dans l’eau, puis la plonger dans un petit verre de kusuri, littéralement médicament, avant de la planter sur le kenzan ou support à clous grâce auquel on peut fixer les fleurs dans le vase en leur donnant l’inclinaison que l’on veut.

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Non non ce n’est pas un instrument de torture ou de fakir 

Puis il faut répéter l’opération pour l’objet, qui doit être devant le sujet, suivant une inclinaison d’environ 45 degrés et qui sera la fleur la plus basse de la composition. Enfin, il reste à disposer les fleurs restantes. Ça a l’air horriblement compliqué, n’est-ce pas ? Eh bien ce n’est qu’un début ! Car le vrai défi reste de choisir l’emplacement des fleurs restantes. En bonne Française qui se respecte, j’aime la symétrie et la profusion (spécial dédi à LeNôtre et aux jardins de Versailles) : ce n’était pas trop au goût de la prof, qui a repiqué toutes mes fleurs à un endroit différent pour qu’elles représentent une sorte de spirale partant de l’objet (fleur rose la plus basse) jusqu’au sujet (fleur violette la plus haute).

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En bref, c’était intéressant mais j’ai été un peu rebutée par la codification extrême de cet art, qui produit une impression d’austérité un peu sèche et rigide à l’opposé de tout ce que nous connaissons en France en termes de bouquets.

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Ayant grandi à la campagne, j’ai toujours adoré faire des bouquets : dès que mes parents avaient des invités à la maison je me faisais une joie d’aller cueillir toutes sortes de fleurs dans notre jardin pour décorer la table et les vases. Aussi l’ikebana va-t-il fondamentalement à l’encontre de ce qui m’attire dans les fleurs, et pourtant, je dois bien l’admettre, le résultat du bouquet remodelé par la prof était magnifique, aussi en suis-je parvenue à la conclusion que ce n’est pas à l’ikebana de me séduire mais à moi de modifier mon approche des fleurs et de l’esprit zen afin de mieux apprécier cet art. En outre, des explications en français auraient sans doute rendu tout ce cérémonial moins obscur et rébarbatif, c’est pourquoi, une fois rentrée en France, je compte bien reprendre une leçon afin de me faire un autre avis ! 🙂

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Une composition exposée dans la salle de cours

J’espère que votre mois de juillet se déroule bien, que vous soyez en vacances ou au boulot ! Ici nous sommes frappés par un typhon à cause duquel nous avons dû repousser notre ascension du mont Fuji avec mon copain, grrrr.

Mata ne ! 🙂

2 commentaires sur « Dites-le avec des fleurs : l’art de l’ikebana »

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