Récit d’une ascension mythique

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Bonjour à tous !

Je reviens aujourd’hui pour un article sur mon ascension du mont Fuji en juillet dernier. Ça remonte, me direz-vous ! Oui, c’est bien vrai, mais avec l’arrivée de l’hiver qui souffle sa grisaille morose sur la ville et Noël qui approche, un combo s’est fait dans ma tête, froid, montagne, neige, et paf ! J’ai eu envie de vous parler de cette expérience absolument hors du commun.

Il faut savoir que l’ascension du mont Fuji se prépare consciencieusement : ce n’est pas parce que vous la faites en été et qu’il n’y a plus de neige sur le sommet qu’il faut croire que vous pouvez ramener vos tongs et votre maillot de bain (non mais je précise parce qu’on en a lu, des messages d’Américains qui racontent comment leur randonnée s’est transformée en cauchemar et comment c’est absolument incroyable qu’il fasse froid au sommet alors qu’on est en juillet… Et oui les gars, 3776 mètres d’altitude on les sent passer !).

Le sommet est accessible de juin à septembre, et comme nous rentrions le 30 juillet en France, nous avons fini par nous décider le 23. Histoire de nous faire un dernier souvenir mémorable du Japon (et mémorable cela fut, mes cuisses peuvent en témoigner). Pour toutes les informations pratiques, je vous recommande vivement d’aller lire l’article de mon cher et tendre, qui s’y connaît beaucoup plus en organisation que moi (qui suis plutôt spécialiste ès oubli de papiers importants et de chaussettes de rechange pendant les longs séjours. Oups).

C’est ainsi que le récit d’une ascension vertigineuse commence.

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Après un trajet de deux heures en bus depuis Shinjuku, nous arrivons à la cinquième station du mont Fuji, soit 2300 mètres d’altitude. Le temps est gris, un vent froid s’infiltre à travers les cols de nos parkas (la mienne est rose, fashion oblige – bon et puis comme ça on ne risque pas de me perdre). Notre équipe de choc se compose de trois aventuriers féroces et sans peur : le cher et tendre, un ami à lui installé au Japon et moi-même. Nous commençons à grimper après avoir réajusté nos chaussures et mis quelques pansements pour ma part (car je portais de superbes chaussures violettes flambant neuves, un détail important pour la suite). Et donc, si vous suivez bien, j’avais le swag absolu puisque parka rose et chaussures violettes. Difficile de passer inaperçue dans cette tenue.

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Mais qui est cette belle gosse ?

L’ascension commence sous le couvert de quelques arbres aux troncs blancs et au feuillage vif, mais très rapidement le terrain se dégage et nous  pouvons admirer tout notre content les pans verdoyants du vieux volcan qui ondulent lentement jusqu’au plateau où se trouve le lac de Kawaguchi. Au sol, de la rocaille ; dans le ciel, de gros nuages gris. Nous redoutons la pluie. Au terme de cette première étape ponctuée de pauses Snickers/Bonbons/Cookies (oui, la rando c’est le paradis des calories !!! On peut s’empiffrer sans culpabiliser !) et de bavardages avec les autres grimpeurs (pas mal d’étrangers mais aussi beaucoup de Japonais), nous arrivons à 17h au refuge où nous allons passer une partie de la nuit, à environ 2900 mètres d’altitude.

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Là, nous jouissons d’une vue époustouflante sur la région des cinq lacs au coucher du soleil avant de dîner dans la salle commune du refuge (menu frugal : steak haché, soupe et riz).

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Quand l’ombre du Fuji se détache dans le ciel nocturne

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Puis nous allons nous reposer un peu dans la chambre qu’on nous a allouées (nous partageons le haut d’un grand lit superposé avec trois Japonaises). Je m’endors sans problème, fourbue et rassasiée, mais le réveil à 1h du matin pour reprendre l’ascension s’avère très, très dur (disons que je supporte mal qu’on perturbe mon sommeil).

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What’s up ?

C’est donc reparti, cette fois de nuit et dans la rocaille : équipée de ma lampe frontale et les poches remplies de bonbons, j’ai l’impression d’être une exploratrice sur une planète inconnue. Ou alors Frodon qui escalade le mont Destin pour anéantir l’anneau de pouvoir, au choix (surtout dans les passages où on était quasiment à quatre pattes pour avancer). Au-dessus de nous, le ciel étoilé est d’une immensité sans pareil, tandis qu’en contrebas les lumières de la civilisation scintillent (d’abord Kawaguchiko, puis Tokyo, bien plus au fond, près de la mer). Très vite, on commence à rencontrer plus de monde : les différentes routes se rejoignent pour converger vers le sommet. Il fait de plus en plus froid, et la fatigue devient pesante.

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Vers 4h du matin, après avoir épuisé nos stocks de nourriture, nous parvenons à la dernière ligne droite, et là, c’est le drame : il y a un véritable embouteillage humain. Dans la lumière frémissante de l’aube sur le point de paraître et la brume épaisse qui nous entoure, nous sommes là, tels des moutons, à avancer à 5mètres/minute ; de part et d’autre du chemin, des Japonais armés de hauts-parleurs vocifèrent des instructions de répartition sur le sentier, à droite les lents, à gauche les rapides, ou bien l’inverse, je ne sais plus, de toute façon cela n’a guère d’importance puisque tout le monde s’en fiche et chacun n’en fait qu’à sa tête. Oui oui, même les Japonais. Je ne cesse de guetter ma montre, anxieuse, les cils chargés de rosée et le nez tout congelé : on va louper le lever du soleil à la fin, crotte ! On n’arrive même pas à voir ce qui se passe à quelques mètres de nous tant le brouillard est épais. Et soudain, juste après qu’un gentil monsieur chinois nous a donné du chocolat (je l’avais peut-être apitoyé avec mes restes de mascara mal démaquillé de la veille qui faisait des traces noires sur mes joues en mode Avril Lavigne), il y a un flash de lumière, et comme ça, tout d’un coup, le goraiko nous file sous le nez (le goraiko, c’est le fait de contempler le soleil se lever depuis le sommet du mont Fuji en criant « Banzai ! » ; ça a l’air chouette non ?). Bon, de toute façon, le brouillard était tel qu’on n’aurait rien pu voir même si on avait été au sommet à ce moment-là, mais quand même, snif snif.

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Nous finissons tout de même par atteindre le sommet. Tout au long de cette épopée, je ne cesse de mitrailler, en dépit de la fatigue et de mes pauvres doigts glacés ; lorsque nous passons sous le torii qui délimite le royaume du sacré, je filme, pleine d’émotion, mes compagnons devant les majestueux lions de pierre. Enfin, le sommet ! Nous sommes transis, fourbus, cabossés et surtout affamés (surtout moi), aussi nous filons nous mettre au chaud dans l’une des nombreuses gargotes qui pullulent sur la cime du cratère afin d’y déguster boissons chaudes et nigiris. Dehors, le soleil ne daigne toujours pas se montrer et la brume transforme les autres marcheurs en silhouettes fantasmagoriques qui se mouvent sur un fond blanc. Sommes-nous dans un rêve ? L’atmosphère du lieu est irréel ; les gens autour de nous respirent tous le même air de fatigue sereine et de contentement sincère. Tous ? Ok, peut-être pas le couple d’Allemands assis juste en face de nous, visiblement des bullet climbers (qui ont fait l’ascension d’une traite, sans faire étape dans un refuge) : la pauvre jeune fille tout engoncée dans sa doudoune verte a un air hagard qui fait peine à voir.

Vers 6h30, nous nous décidons à repartir après avoir fait quelques photos dans le brouillard : à cette occasion, je constate que je n’ai plus d’espace stockage sur mon téléphone et élimine donc quelques photos, puis mon portable s’éteint, après avoir vaillamment tenu toute la nuit. De notre côté, il faut bien se résoudre, les nuages ont tout l’air de s’être installés là pour la journée ! Or soudain, alors que nous sommes déjà redescendus d’une bonne centaine de mètres dans la noire rocaille du volcan, le voile se déchire pour faire place à la vallée en contrebas, étincelante sous les premiers rayons du soleil, ses flancs verts à peine débarrassés de leurs couvertures brumeuses et ses lacs bleus miroitant comme de l’or.

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Nous en restons béats d’admiration et remontons donc de quelques mètres afin de jouir d’une meilleure vue. Mes yeux, peu habitués à porter mes lentilles aussi longtemps, me piquent un peu, mais la beauté de ce que nous voyons suffit à justifier tous ces maux.

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Les alpinistes victorieux

Nous remontons encore un peu afin d’aller observer l’intérieur du cratère, où quelques névés subsistent et où nous sommes témoins d’un étrange phénomène naturel : un arc-en-ciel en rond parfait dans lequel tous les voyageurs ont l’impression de se voir au centre. Un effet d’optique des plus surprenants.

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La deuxième partie du voyage est nettement moins chouette pour moi : nous avions décidé de redescendre en empruntant subashiri, une longue coulée de sable dévalant d’une traite le flanc est du mont Fuji. Ce chemin unique, composé d’un gravier roussâtre plus ou moins dense, permet aux marcheurs les plus endurants de courir au lieu de simplement marcher, et donc d’aller plus vite. Au début, j’étais un peu stressée à l’idée de déraper alors j’allais doucement, mais petit à petit, gagnant en confiance, j’ai réussi à me lancer et à aller plus vite : sensation unique que de se sentir déraper dans une pente douce sans pourtant perdre l’équilibre grâce aux bâtons de marche. Me voilà donc partie à fond les ballons pour quelques mètres, mais très vite, je m’arrête, car l’exercice est épuisant : il demande une énorme contraction des cuisses et des muscles abdominaux, un souffle impeccable et surtout des genoux en bétons. Too bad for me, je n’ai rien de tout cela, et en plus, il s’avère rapidement qu’avec la chaleur étouffante qui nous écrase depuis que nous avons commencé la descente (je rappelle que l’été au Japon c’est juste la méga canicule de la mort non stop) et la différence de pression atmosphérique, mes pieds ont triplé de volume dans mes belles chaussures flambant neuves. La course à travers subashiri se transforme ainsi en véritable calvaire pour moi.

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On voit bien sur cette affiche les différents chemins qui mènent au sommet

Je vous passerai les détails mais en gros, entre les nombreuses pauses bandages, les craquages de slip nerveux, les larmes (sous les yeux d’écoliers japonais interloqués) et les phases de roulage par terre en mode « que quelqu’un vienne me chercher en hélicoptère par pitié », mon copain et son ami ont dû faire preuve de la plus grande patience et de la plus grande compréhension pour me soutenir et m’aider à finir la descente. Parce que non, malheureusement, en dépit de mes prières les plus intenses, on n’avait pas l’option hélicoptère dans nos sacs-à-dos : on y était, pas moyen d’y échapper. Je n’avais honnêtement jamais autant souffert physiquement de toute ma vie, et surtout jamais autant été découragée (j’ai un peu honte, si si, je n’étais pas au top de ma glamouritude ce jour-là). Heureusement que j’avais des genouillères pour soutenir mes articulations, mais le pire restait les pieds : mes malheureux petits pieds si malmenés que quand nous sommes arrivés à Tokyo, en dépit de l’orage, de la pluie battante et du sol brûlant, j’ai parcouru la pente jusqu’à chez nous en chaussettes de montagne tant je ne pouvais plus supporter mes chaussures, si malmenés qu’il y a un mois, alors que j’enlevais mon vernis, j’ai remarqué que mes ongles de pied étaient en train… de tomber ! Vaincus par le grand Fuji-san :O. Bon, et pour clore en beauté ce récit d’une ascension quasi-apocalyptique, en rentrant à Tokyo, enfer et damnation ! j’ai découvert en rallumant mon téléphone que tous les films et photos que j’avais soigneusement pris tout au long de la grimpette avaient… disparu, suite à ma surpression hâtive et hasardeuse du matin même … De l’art de se perfectionner dans l’epic fail. Goutte d’eau dans le gâteau, cerise sur le verre, j’ai fondu en larmes : trop c’était trop ! Heureusement, une bonne nuit de douze heures et trois repas plus tard, le moral était revenu, et depuis, je fais très attention en supprimant mes photos.

Vous pourriez vous dire, en lisant ce récit (enfin je devrais dire si vous avez eu le courage de lire ce récit jusqu’au bout), que décidément non, l’ascension du mont Fuji, ça n’a pas l’air si rigolo que ça et que très peu pour vous. Mais, même s’il est vrai que j’en ai fait des cauchemars jusque très récemment (dans lesquels mon copain voulait absolument qu’on refasse l’ascension, et moi je lui ressortais le fameux proverbe japonais selon lesquels les sages grimpent une fois le mont Fuji, mais seuls les fous s’y aventurent deux fois), ce fut une expérience mémorable, dont je suis fière et qui a clos notre séjour de manière admirable.

J’espère dans tous les cas que cet article vous a plus et quand même donné envie de vous lancer à l’assaut du volcan 🙂 Mata ne !

(Merci à Tribulations bridées pour ses magnifiques photos du mont Fuji ❤ – puisque vous l’aurez compris, je n’ai quand à moi conservé aucune trace de l’ascension)

4 commentaires sur « Récit d’une ascension mythique »

  1. Ah ce Mont Fuji !

    Je me reconnais dans ton récit, mais moi je fais parti des fous qui l’ont fait d’un coup. C’était une magnifique expérience mais (car il y a un mais et un grand): à peine en haut je voulais partir j’en pouvais plus (trop fatiguée et froid), la descente horrible pour les jambes, la pluie (je crois que c’est incontournable au vu de ton récit), la tenue glamour ? (non ça ça peut aller :P).
    Au début je ne voulais plus jamais y aller, mon copain est de cet avis, mais finalement pourquoi pas mais en faisant une pause comme vous l’avez fait [ et surtout pour avoir d’aussi belles photos que toi], mais je me laisse quelques années de répit avant ça ^^

    Aimé par 1 personne

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